À l'affiche | août 2010

Le webdocumentaire #1

 

Alexandre Brachet par Laurent Vautrin / Le Carton

« Un formidable enjeu de création
et de créativité »

Entretien avec Alexandre Brachet, fondateur d’Upian, maison de production plurimédia.
Propos recueillis par Éric Karsenty, Paris le 27 mai 2010.

 

 

Quelles sont les erreurs à éviter pour un photographe qui voudrait se lancer
dans un webdoc ?

L’erreur ce serait de croire que c’est facile. Pour moi, il y a différents types de webdoc : ça va du diaporama sonore, jusqu’à des webdoc du type Prison Valley, avec une production de contenu longue, lente, moi c’est plutôt ça que j’ai comme acception du webdocumentaire. Il y a le mot documentaire dans webdocumentaire : investigation, enquête, ou documentaire du réel, il n’y a pas forcément d’enquête au sens journalistique ; ça peut être de la contemplation, mais c’est du temps, un regard, un œil… On voit aussi beaucoup émerger sur le web, ce que les Québécois appellent des essais photographiques – l’expression permet de s’affranchir des mots web ou documentaire – et pour eux ça concerne tout ce qui est diaporama sonore.

 

Ce qu’on appelle les POM (Petites œuvres multimédias) en France ?

Ce que fait le monde.fr très très bien, ce que peu faire aussi Narrative (maison de production) à l’intérieur de sa collection « Portraits d’un nouveau monde » pour France 5 – nous on travaille dessus d’ailleurs, on fait toute la coque graphique et la navigation.

 

Et Brèves de trottoirs, vous le mettez où dans votre cartographie ?

C’est un vrai projet web, c’est un programme que j’aime beaucoup, et puis j’aime bien les auteurs aussi. Vraiment ça a le mérite d’être totalement web, spontané…

 

Quels conseils vous donneriez à un photographe qui voudrait se lancer
dans un webdoc ?

C’est comme pour un reportage photo classique, il ne faut pas forcément croire que c’est très différent, on construit à peu près de la même manière.

 

Il n’y a pas un travail de scénarisation plus important ?

Ça dépend de la forme encore une fois. Si c’est un diaporama sonore, c’est très proche d’un reportage de presse écrite. Si c’est type Prison Valley, c’est des mois de conception. C’est très difficile de généraliser…

 

Le webdoc, quels enjeux pour les photographes ? Il y a une écriture nouvelle
à explorer ?

À mon avis c’est un formidable enjeu de création et de créativité. Il y une certaine façon de consommer Internet qui fait la part belle à la photographie, c’est évident. Parce qu’on consomme une photographie, c’est rapide par essence, dans un usage classique. Évidemment il y des gens qui peuvent rester des heures devant une photographie, mais rarement sur le web ou même en presse, c’est fugace, mais par contre le message est fort. Et ça, ça colle assez bien avec Internet. Donc forcément, Internet va révolutionner la photographie ; il l’a déjà révolutionné d’une certaine manière, ne serait-ce que par la vulgarisation, par des choses comme Flickr. Internet change la manière de faire les photos, de les diffuser, de les partager…

 

En quoi, ça change la manière de faire les photos ?

C’est surtout au niveau sociétal. Tout le monde fait des photos maintenant et tout le monde les partage. Tout le monde a toujours fait des photos dans le cercle privé ; ce qui est différent, c’est la manière de les consommer et de les partager. Par rapport au métier de photographe, je ne crois pas que ça change beaucoup : une bonne photo reste une bonne photo.

J’ai beaucoup travaillé avec Philippe Brault (photographe de Prison Valley), je ne crois pas que ça ait changé sa manière de travailler. De toute façon les photographes ont déjà, pour la plupart, opéré une transformation de leur outil. Et c’est aussi pour ça que ce sont eux qui sont en pointe aujourd’hui. Les photographes et les journalistes, ce sont eux qui les premiers ont subi la révolution numérique par leur propre outil de travail. Le journaliste avec l’ordinateur et l’utilisation d’Internet comme source de documentation et de diffusion, et le photographe parce que son outil s’est transformé, il s’est affranchi de la pellicule et il est déjà dans le tout numérique. Donc forcément, en étant dans le tout numérique, il est proche, il est à côté… La plupart des bons dossiers et des bons sujets sont proposés en général par des couples photographes-journalistes.

– lire la suite…

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