À l'affiche | août 2010

Le Webdocumentaire #6

 

Anna Kari and Guilhem Alandry filming in Kroo Bay

« On a l’impression d’entrer
dans une époque révolutionnaire
du documentaire
»

Entretien avec Anna Kari du collectif Documentography, coauteur avec Guilhem Alandry du webdocumentaire Kroo Bay, mis en ligne en septembre 2009.
Propos recueillis par Céline Pévrier et Éric Karsenty.

Au cœur de Freetown, en Sierra Leone, un joli petit port de pêche, Kroo Bay, s’est transformé en bidonville et a disparu sous les ordures. Sa population lutte pour survivre dans un environnement insalubre.

 

 

Combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser Kroo Bay, reportages
et production inclus ?

Nous avons passé dix mois en Sierra Leone, où le webdocumentaire nous occupait une partie du temps, et un an à Freetown pour les recherches, les essais photo et la production vidéo. Après ce premier séjour, nous sommes retournés deux fois sur place pour suivre les personnes.

Comment avez-vous financé ce projet ?

Nous n’avons pas pu produire ce projet seuls, trop cher. Une partie a été financée par l’ONG Save the Children.  Mais nous avions développé le concept avant de le leur proposer. Nous avons tourné à la fois pour eux et pour nous. Ce qui nous a coûté le plus cher a été le développement de l’interface. Pour les œuvres véritablement interactives, il n’existe pas beaucoup de logiciels disponibles dans le commerce. Nous avons dû faire faire le nôtre spécialement.

 

En tant que photographe, quel est l’avantage de réaliser un reportage
sous forme de webdocumentaire ?

Pour un photojournaliste, le webdocumentaire représente un travail vraiment excitant, l’impression d’explorer un nouveau territoire, de poser les jalons de ce qui est possible aujourd’hui et de qui sera envisageable dans le futur. Le projet Kroo Bay nous a permis d’aborder la communauté du bidonville sous de nombreux angles. Les internautes ont la possibilité d’effectuer plusieurs « voyages », de vivre une expérience où ils peuvent s’immerger et créer leurs propres narrations. Dans ce type de travail, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » écriture. On a vraiment l’impression d’entrer dans une époque révolutionnaire du documentaire, du journalisme et du reportage.

 

Est-ce une nouvelle manière de photographier ?

Oui et non. Non, parce que c’est juste une manière de publier de la photographie et de l’associer avec du son. Et oui, parce que cela demande de faire les prises de vues avec le résultat final à l’esprit. Le processus est très différent. Pour nous, cela a aussi représenté un effort de travail en équipe, par opposition à un reportage photo traditionnel, que l’on réalise le plus souvent seul.

 

De votre point de vue, quel est l’avenir du webdocumentaire ?

Ces dix dernières années, les technologies ont connu une évolution très rapide. Le son et la vidéo sont devenus plus performants et plus abordables financièrement. Mais ce qui a surtout changé, c’est que les sites de presse sont plus enclins à publier des webdocumentaires. Un autre aspect intéressant est que la presse, la radio et la télé sont en train de se rejoindre progressivement sur une même plate-forme : Internet.

Aujourd’hui, tout le monde fait des diaporamas avec du son et appelle ça du multimédia. C’est bien sûr intéressant, mais à mesure que la technologie devient plus accessible et que les photographes étoffent leurs connaissances technologiques, nous allons voir davantage de projets étonnants qui viendront briser les formats établis.

  • email
  • Facebook
  • Twitter
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks
  • RSS
^

Zmala
Une revue éditée par
Photographie & Compagnie

91, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris / France
photographieetcompagnie@gmail.com